INTERVIEW MARC PAJOT
03.04.2009 dans America Cup

La décision de la cour suprême de New York ramène donc l’une des plus prestigieuse compétition mondiale sur son terrain d’origine. La 33 éme édition de la Coupe de l’America devrait voir s’affronter en duel, l’équipe suisse d’Alinghi et les américains de BMW Oracle. L’ensemble des autres équipes pourra ensuite de nouveau participer dans une nouvelle épreuve. Marc Pajot, le team manager du projet Team French Spirit nous livre sa vision de l’avenir.
Revenons à l’origine du conflit ?
Je crois que les suisses forts de leur deux victoires et de leur enthousiasme se sont un peu précipités à mettre en place le nouveau règlement et certains points comme l’organisation des régates où la nouvelle jauge n’ont pas été suffisamment concertés. Par ailleurs, l’équipe américaine et Larry Ellison, sans doute déçus par leur défaite ont trouvé une faille dans la procédure. Il doit en effet y avoir un challenger officiel, mais le club espagnol « ami » d’Alinghi est un club récent et malheureusement sa régate annuelle n’avait pas eu lieu avant le dépôt du dossier officiel. BMW Oracle s’est engouffré dans cette brèche, ils sont allés devant les tribunaux et la procédure dure depuis maintenant un an et demi. Avec le recul, on observe qu’à l’époque il n’y avait pas de crise économique, et si ce point n’avait pas fait l’objet d’un litige, au moins six équipes étaient déjà en mouvement avec les équipages complets. Ce conflit a brisé cette dynamique et provoqué une vraie crise de l’America’s Cup.
Est-ce que l’épisode actuel est comparable à ce qui s’est passé en 1988 ?
Oui. Bien que différent dans les détails des règlements, de course, etc… mais comparable sur le fond. Ce sont les égos de deux grands leaders des principales équipes qui se sont affrontés. On voit que la Cup a survécu à l’édition 88…
On peut donc rester optimiste ?
D’une certaine manière oui. L’America’s Cup revient enfin sur l’eau et c’est ce qu’il faut retenir. Ces grands multicoques très spectaculaires vont amener un intérêt nouveau, un nouvel intérêt technique aussi. Le savoir faire français y est bien représenté dans les deux équipes, et ce point précis est très positif pour l’environnement nautique et technique hexagonal. Ce que l’on regrette, c’est le fait qu’il n’y ait que deux équipes à jouer la partie, et que l’ensemble des autres challengers soient obligés d’attendre dix à douze mois de plus pour pouvoir participer. C’est une période que le Team French Spirit entend bien mettre à profit pour faire avancer son projet.
Quel est votre sentiment aujourd’hui ?
A moins que les deux leaders trouvent un terrain d’entente et reviennent à une édition intégrant les autres challengers (on peut être raisonnable et rêver), cette décision ramène la Coupe de l’America sur l’eau et va permettre de recréer une dynamique. Nous allons continuer à travailler, dans le prolongement de ce qui a été entamé en 2008, je pense au concours d’architecte, et mettre en place une filière technologique française avec nos partenaires dont le Ministère de la Défense pour tout ce qui est bassin de carène et calcul numérique. Notre objectif est d’arriver à faire en sorte que les différents aspects nécessaires à la création d’un bateau compétitif continuent de se mettre en place : architecture, calcul de structure, simulation numérique, etc.. Pendant que les deux équipes s’affrontent, nous devons coordonner tout cela et aussi permettre à nos marins de naviguer à haut niveau.
A quelle jauge peut-on s’attendre ?
Il y a une grande probabilité que ce soit les AC 33 puisque même l’équipe d’Oracle a laissé entendre que cette jauge lui convenait bien. Peu importe d’ailleurs puisqu’il faudra attendre le nom du prochain vainqueur. Ce qui est capital, c’est de disposer des hommes et des outils de calcul nécessaires à la création d’un voilier performant. C’est cela dont on a perdu la continuité en France et qu’il faut rétablir.
L’avenir immédiat pour les challengers ?
Le contexte économique rend les choses plus difficiles, mais l’America’s Cup reste parmi les très grands challenges sportifs mondiaux et quoiqu’il arrive, elle vivra. La France se doit de continuer à se préparer pour ce grand événement.
Photo : Marc Pajot et Bertrand Pacé sur French Spirit One. Copyright : Thierry Seray/Team FRENCH SPIRIT







